Charles Leval, dit Levalet, est né en 1988 à Epinal. Il grandit en Guadeloupe, où il découvre la culture urbaine et s’initie aux arts plastiques. Il poursuit ses études d’Arts visuels à Strasbourg ; son travail, alors davantage tourné vers la vidéo, se nourrit d’une pratique théâtrale assidue dont ses oeuvres urbaines conservent le langage à la fois visuel et narratif. Il obtient l’agrégation en 2012, année où son travail commence à prendreplace dans les rues de Paris et d’ailleurs. Dès 2013, il expose en galerie et participe à des manifestations urbaines internationales. L’oeuvre de Levalet est avant tout un travail de dessin et d’installation. Il met en scène ses personnages dessinés à l’encre de Chine dans l’espace public à travers un jeu de dialogue visuel et sémantique avec l’environnement présent. Les personnages interagissent avec l’architecture et sedéploient dans des situations frôlant souvent l’absurde.Le travail est hypnotisant par la maîtrise technique dont l’artiste fait preuve. Ces études préalables sont réalisées à l’encre de Chine, une pratique qui ne souffre d’aucune imprécision. Le trait noir, sans nuance, se libère dans les attitudes et les mouvements des personnages qui envahissent littéralement les fenêtres de la façade. Entre réalisme et surréalisme, l’artiste met en scène des anachronismes déroutants. Il s’agit plus d’une installation que d’une fresque à proprement parlé par la manière dont l’artiste tire parti des différents plans de la façade envue de camper le décor de sa narration. Chaque saynète fonctionne comme un véritable feuilletage de l’espace avec au moins trois niveaux de lecture, chaque niveau étant en totale déconnexion avec le suivant. Les trois scènes reproduisent le même scénariopictural : un arrière-plan d’une nature sauvage d’où se détache en grisaille une silhouette à l’allure mi-statuaire, mi-moderne qui se réplique elle-même en trompe-l’oeil sur un avant-plan.Là, nous pensons voir tout d’abord des gestes naturels de figures presque vivantes installées juste sur le rebord de la fenêtre, pour ensuite comprendre en seconde lecture que les attitudes sont inspirées d’hommes préhistoriques habillés en costume moderne. L’ensemble des trois fenêtres offre au regard du spectateur une saynète burlesque de l’histoire de notre société occidentale : «Cette installation, explique l’artiste,évoque de manière allégorique et humoristique à la fois à quel point l’homme moderne est devenu inadaptable à un potentiel retour à l’état de nature, mais aussi le fait que si le monde civilisé a énormément fait évoluer notre environnement, la nature profonde de l’Homo sapiens reste la même qu’à l’époque de la préhistoire». Sans le savoir, l’artiste réalise ici une espèce de parodie de notre temps à l’endroit même où estnée cette histoire du retrait progressif de l’homme face à la nature. En effet, la reconnaissance UNESCO du site néolithique à Spiennes, commune du Grand Mons, repose sur la sédentarisation, l’extraction et l’exploitation des minières et enfin sur la spécialisation dans la confection jusqu’à la commercialisation de celles-ci. N’est-ce pas là les fondements de notre société actuelle en pleine crise, sujet de la fresque de Levalet ?