Août 1914. Dans les heures qui suivirent le choc de l’invasion du pays, des milliers de jeunes hommes venus d’Angleterre débarquent sur le continent pour venir défendre la Belgique et sa population. Certains sont militaires de carrière, d’autres fraîches recrues indignées de l’invasion du territoire par les troupes allemandes et à l’idée que leur propre pays soit menacé. Parmi eux, un jeune homme de vingt ans,… il s’appelle Arthur Frederick Carter.

22 août 1914, dans l’après-midi, veille de la terrible Bataille de Mons, ce jeune soldat pose innocent et tout sourire pour un photographe montois au lieu-dit « La Bascule » sans savoir que quelques heures plus tard, le sang et les larmes vont s’abattre sur les siens dans la première grande confrontation entre les troupes britanniques et allemandes. Il est loin de s’imaginer que la guerre durera quatre ans et qu’elle fera des millions de victimes, civiles et militaires.

De lui, nous ne connaissons que le grade et le nom de famille : « Private Carter »
Cent ans plus tard, reste cette magnifique photo du jeune homme mais son histoire, qui fait partie de l’Histoire, nous restait inconnue. A la faveur d’une collaboration dans le cadre du salon Who do you think you are ? Live de Birmingham, trois belges s’interrogent. Il s’agit de la généalogiste belgo-anglaise Marie CAPPART, de Philippe MAREE du Belgian Tourist Office de Londres et de Michel VASKO, Directeur-adjoint de l’Office du Tourisme de Mons : « Qu’est-il devenu ? A-t-il survécu à la Bataille de Mons ? À la guerre ? Soutenus par des dizaines d’autres, les trois « amis de Carter » entament une longue et passionnante enquête à la recherche d’informations concernant sa vie, son service lors de la guerre. Il fallait retrouver le soldat Carter !

Marie CAPPART raconte : « Des milliers de jeunes hommes se sont engagés pour la liberté au cours des années de guerre et parmi eux, un nombre incalculable de porteurs du nom « Carter », il y en avait énormément sur le front, même aux premiers jours du conflit. Il fallu donc de long mois pour éplucher la liste des candidats potentiels et en extraire le plus probable : Arthur Frederick Carter numéro de dossier L13834. Engagé au 3rd Regiment Middlesex, il servira pendant l’entièreté du conflit. Cette bravoure lui vaudra les honneurs dont la célèbre Mons Star, décoration honorant les soldats ayant été en service entre le 5 août et le 22 novembre 1914. Les informations se recoupent, une à une. Patiemment le puzzle de l’histoire prend vie devant nos yeux. Les archives de la Commonwealth War Graves Commission nous apprennent qu’il ne serait à priori pas KIA, «Killed in action » et c’est déjà en soi un grand soulagement. Mais comment en savoir plus vu que son dossier de service a disparu lors de l’incendie d’archives pendant la seconde guerre ?

En août 2015, je découvre sur un site généalogique un document de décharge de l’armée datée du printemps 1919 avec le numéro de régiment correspondant. Ca y est ! C’est notre homme et il a survécu ! Malgré l’heure tardive, je ne peux m’empêcher de contacter mes compagnons de recherche. Nous sommes infiniment heureux, sachant l’horreur que fut ce conflit, que notre ami Carter en ai réchappé ! Vu son jeune âge et sa ténacité, nous ne pouvons que penser qu’il aurait pu participer à la seconde guerre, que peut-être il s’est marié, a eu des enfants, encore vivants aujourd’hui ? Transportés par l’idée, nous nous remettons au travail bien décidés à lui rendre hommage.

Quelques temps plus tard, nous vient la confirmation qu’Arthur Frederick a bien participé au conflit 39-45, qu’il s’est marié et a eu une descendance. Nous épluchons les actes possibles, les lieux et les dates, en combinant ces données avec les annuaires, les réseaux sociaux. Enfin, nous localisons les arrière-petits-enfants d’Arthur Frederick Carter ! La victoire de la vie contre la mort, de la démocratie contre la barbarie et du don de soi comme héritage fabuleux. »

En localisant les descendants d’Arthur Frederick, nous transmettons tout l’attachement qui lie la ville de Mons et sa région aux milliers de familles qui ont, elles aussi, envoyé un fils, un père, un frère au front. Et nous leur rendons hommage, comme nous le ferons également en 2018 pour les commémorations de l’Armistice et tout en spécifiant que notre devoir de mémoire ne s’arrêtera pas là quand les fanfares se tairont. Contre la barbarie, il faudra encore et toujours saluer le souvenir de ces soldats, raconter leur histoire aux jeunes générations afin qu’en 2118, des jeunes aillent encore déposer des « poppies » à la mémoire des amis d’Arthur Frederick Carter qui n’ont pas eu, comme lui, la chance de survivre et de transmettre la vie.